ASITA : Association Spirite Internationale Thérèse d'Avila

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Le caractère sacré du spiritisme

Allan Kardec

Allan Kardec

 

Léon Denis

Léon Denis

 

Gabriel Delanne

Gabriel Delanne

 

Il est habituel en France d’insister sur l’aspect philosophique du Spiritisme et d’affirmer que le Spiritisme n’est pas une religion, au contraire du Brésil où le caractère religieux du Spiritisme est nettement affirmé1. Sans entrer dans ce débat qui consiste à déterminer si oui ou non le Spiritisme est une religion au sens traditionnel du terme2, il n’en reste pas moins que le Spiritisme a un caractère sacré, c’est-à-dire divin3. Ce caractère sacré repose sur le fait qu’il est relié à Dieu, au sens originel du terme latin religare (lier, relier), car c’est une révélation divine et l’idée de Dieu est un de ses principes fondamentaux4

 

I. UNE REVELATION DIVINE

Le Spiritisme est une révélation5 car il a fait connaître aux hommes le monde invisible, les lois qui le régissent, ses rapports avec le monde visible, la nature et l'état des êtres qui l'habitent, et par suite la destinée de l'homme après la mort. C’est une révélation divine parce qu’elle transmet aux hommes un ensemble de connaissances, directement puisées dans la science divine, auxquelles ils ne peuvent accéder par eux-mêmes6. De plus c’est Dieu qui a décidé de son avènement : « son avènement est providentiel, et non le résultat de l'initiative et d'un dessein prémédité de l'homme7." Dieu est donc à l’origine de la révélation spirite et de son contenu. La révélation spirite est une conséquence de Sa sollicitude et de Sa miséricorde  envers les hommes. Cette révélation est la dernière en date que Dieu a envoyée aux hommes après l’hindouisme, le judaïsme, le bouddhisme, le taoïsme, le christianisme, l’islam, etc8.

Une des particularités de la révélation spirite, c’est qu’elle n’est personnifiée par aucun individu, comme auparavant les prophètes, elle a pour auteur les Esprits mandatés par Dieu pour éclairés les hommes : « Les points fondamentaux de la doctrine sont le fait de l'enseignement donné par les Esprits chargés par Dieu d'éclairer les hommes sur des choses qu'ils ignoraient.9

La révélation spirite est donc à considérer sur le même plan que les autres révélations envoyées par Dieu aux hommes, c’est-à-dire comme un ensemble d’enseignements divins montrant la voie du salut et du bonheur futur. À ce titre, le Spiritisme est tout aussi respectable que les autres religions et spiritualités terrestres.

 

II. DIEU EST AU CŒUR DU SPIRITISME

Dieu est un des principes fondamentaux du Spiritisme, bien que trop souvent négligé au profit de l’existence, accessoire des Esprits qui ne sont que ces créatures. Dieu est la clé de voûte, le pivot de la révélation spirite. Léon Denis l’affirme sans détour :  « L’existence de Dieu constitue un des points essentiels de l’enseignement spirite. J’ajoute qu’il est inséparable du reste de cet enseignement, parce que, dans ce dernier, tout se lie, se coordonne et s’enchaîne10. […] L’idée de Dieu nous apparaît comme la clé de voûte de la doctrine spiritualiste11

Dieu est en effet au cœur de la philosophie spirite : le premier chapitre du Livre des Esprits lui est consacré et il débute par  cette  question fondamentale : « Qu’est-ce que Dieu ? " A laquelle les Esprits supérieurs répondent : "Dieu est l’intelligence suprême, cause première de toute chose.» De nombreuses réponses des Esprits instructeurs, toujours dans le Livre des Esprits, renvoient à Dieu. Les principes fondamentaux du Spiritisme : la réincarnation, la loi de cause à effet sont un effet de la miséricorde et de la justice divine. Il n’est pas jusqu’au sens de la souffrance sous toutes ses formes qui ne puisse se comprendre sans Dieu, puisqu’elle est un moyen d’évolution morale, d’expiation et de réparation aux infractions aux lois divines.

Dieu est au cœur de la morale et de l’éthique spirite. La morale spirite repose sur l’observation des lois divines morales (question 629 du Livre des Esprits). Le bien et le mal se définissent par rapport aux lois divines : « Comment peut-on distinguer le bien et le mal ? Le bien est tout ce qui est conforme à la loi de Dieu, et le mal tout ce qui s'en écarte. Ainsi, faire le bien, c'est se conformer à la loi de Dieu ; faire le mal, c'est enfreindre cette loi. » (Question 630 du Livre des Esprits). La première des lois divines à respecter est celle de l’adoration divine. Le premier devoir de tout spirite est l’adoration de son créateur par le biais de la prière12». La loi divine la plus importante à respecter est celle de l’amour et de la charité. Le respect des lois divines détermine le salut de l’individu qui est plus ou moins heureux dans le monde spirituel en fonction de ce critère. L’éthique spirite est le reflet de l’éthique divine, malheureusement peu respectée sur la Terre. Dieu et ses lois sont incontournables dans le Spiritisme.

Toute la conception spirite de l’univers et de l’homme repose sur Dieu, ainsi que le montre magistralement Léon Denis dans La grande énigme, Dieu et l’univers auquel nous renvoyons le lecteur13. Dans La Genèse, les miracles et les prédictions selon le Spiritisme, l’exposé proprement dit débute par un chapitre sur Dieu, signifiant ainsi sa place centrale dans la cosmologie spirite : « Dieu étant la cause première de toutes choses, le point de départ de tout, le pivot sur lequel repose l'édifice de la création, c'est le point qu'il importe de considérer avant tout14.» Il est « la cause éternelle, où tous les êtres viennent puiser la force, la lumière et la vie15.» Chaque Esprit est un rayonnement de Dieu, une étincelle émanée de l’éternel foyer16.

Dieu est le but ultime vers lequel chaque créature doit tendre. Les incarnations successives,  l’amélioration morale n’ont d’autre but que de pouvoir se rapprocher un jour de Dieu17. Le bonheur spirituel, décrit par les Esprits instructeurs, consiste dans le ressenti de l’amour divin, extase des extases éternelles18.

Dieu est la source des phénomènes spirites quels qu’ils soient qui ne peuvent se produire qu’avec son autorisation, par exemple les matérialisations19. Les réunions médiumniques débutent par une prière afin de demander à Dieu qu’il permette aux Esprits instructeurs de son choix de se communiquer pour apporter un enseignement ou une aide spirituelle à ceux qui souffrent. Il n’est aucune activité spirite qui ne soit sanctifiée par le recours à la prière, car le spirite œuvre par amour pour Dieu et tous ses actes n’ont d’autre but que de le servir. Il sait de plus que la prière attire les bons Esprits mandatés par Dieu. La médiumnité elle-même repose sur une transmission provisoire de l’amour divin et de la science divine d’où son caractère sacré20.

Le Spiritisme apparaît donc indubitablement comme une philosophie religieuse centrée sur Dieu. L’insistance sur l’existence des Esprits et le monde spirituel a quelque peu éludé ce point fondamental sur lequel les Esprits instructeurs souhaitent à présent remettre l’accent. Cette insistance sur Dieu, tout comme le caractère sacré du Spiritisme, sont importants en raison des conséquences morales qu’ils impliquent, à savoir qu’« être spirite, c’est servir Dieu tout d’abord ».

 

Conclusion

Le caractère sacré du spiritisme repose sur le fait qu’il est une révélation divine centrée sur Dieu. La méconnaissance, l’oubli ou la négation de ce point fondamental est à l’origine d’une conception erronée du Spiritisme, qui a pour principales conséquences une minimisation de sa portée morale, ainsi que de la discipline de vie et du savoir être qu’il implique. Elle ne permet pas de comprendre que le Spiritisme est avant tout une orthopraxie : c’est-à-dire qu’il se réfère surtout au domaine de l’action et consiste à avoir une conduite conforme aux lois divines morales. Sans cette compréhension, il tend à devenir une croyance vidée de son contenu réel, une suite « de phrases, de mots, de propos dénaturés » et dans la pratique : un spiritisme de salon.

Maillard Sandra, Extrait de « La véritable nature du Spiritisme », Lien Fraternel, 1 (2010).

 

Notes :

1 «Quand on dit qu’au Brésil le Spiritisme est une religion, c’est dans le sens où le disait Kardec, une religion sans culte, qui parle de la prière, de Dieu et de l’âme. Suivant l’enseignement de Jésus, Léon Denis a dit : " Ayez pour temple, l’univers ; comme autel, la conscience ; pour image, Dieu et comme loi, celle de la charité." Et c’est cela la religion du Spiritisme, sans sacrement, sans culte, sans habits sacerdotaux, sans autel, ni idole […]. Beaucoup de gens disent que ceci est l’interprétation des Brésiliens, mais vous pouvez tous regarder dans les Œuvres posthumes ce qui a été conseillé à Allan Kardec le 30 avril 1856.» Extrait d’un discours de Nestor Masoti, secrétaire général du CSI le 18 avril 2005, à Lyon, lors de l’inauguration d’un monument élevé en l’honneur d’Allan Kardec.

2La question de savoir si le Spiritisme est ou non une religion n’a pas de réponse univoque, à cause de la duplicité sémantique du mot « religion », cf. S. S. CHIBENI,  « Le triple aspect du Spiritisme », Revue Spirite, 66 (2006), p. 20. Pour Allan Kardec, le Spiritisme est une religion au sens philosophique du mot, mais il préfère ne pas utiliser ce terme pour désigner l’ensemble des croyances spirites, car il n'a aucun des caractères d'une religion officielle (cf. KARDEC A., «Le Spiritisme est-il une religion ? » Revue Spirite, 68.

3« Je souhaite que dans votre entendement le terme sacré résonne comme quelque chose de pur, bien que le degré de pureté soit difficile à atteindre, mais lorsque je dis sacré, c’est pour moi la même chose que divin. » Esprit de Vérité, ASITA, Action de charité du 30 janvier 2010.

4DENIS L., La grande énigme, Dieu et l’univers, Paris, Librairie des sciences psychiques, 1911, chap. V, p. 74.

5« Révéler, du latin revelare, dont la racine est velum, voile, signifie littéralement sortir de dessous le voile, et au figuré : découvrir, faire connaître une chose secrète ou inconnue. Dans son acception vulgaire la plus générale, il se dit de toute chose ignorée qui est mise au jour, de toute idée nouvelle qui met sur la voie de ce que l'on ne savait pas. » KARDEC A., La genèse, les miracles et les prédictions selon le spiritisme, Marly-le-Roi, éditions Philman, 2004, chap. 1, paragraphe 2, p. 11.

6Allan Kardec précise que le Spiritisme est aussi une révélation scientifique, car l’élaboration de la doctrine spirite a nécessité le travail de l'homme (La genèse ..., p. 13). Cependant, il importe de bien comprendre la relation entre révélation divine et révélation scientifique. Ainsi que le dit Allan Kardec (Ibid., p. 13) : « […] ce qui caractérise la révélation spirite, c'est que la source en est divine, que l'initiative appartient aux Esprits, et que l'élaboration est le fait du travail de l'homme.» Le caractère scientifique du spiritisme vient après son caractère divin. L’élaboration humaine se place dans un second temps et s’effectue à partir des éléments révélés par la miséricorde divine. On ne peut donc réduire le Spiritisme à une simple révélation scientifique. D’autant que l’élaboration humaine est réalisée sous la conduite des Esprits supérieurs, par le biais de l’intuition. La part d’élaboration humaine est très réduite, elle est celle d’un simple instrument.

7KARDEC A., La genèse …, chap. 1, paragraphe 13, p. 17.

8A. Kardec présente le Spiritisme comme la troisième révélation après le judaïsme et le christianisme, car de son temps les religions et les cultures autres qu’occidentales n’étaient pas estimées à leur juste valeur. Cette conception ne devrait plus avoir cours aujourd’hui, en toute logique.

9KARDEC A., La genèse …, chap. I, paragraphe 13, p. 17.

10DENIS L., La grande énigme, Dieu et l’univers, Paris, Librairie des sciences psychiques, 1911, chap. V, p. 74.

11Ibid., chap. VII, p. 94.

12KARDEC, A., L’Évangile …, chap. XXVII, paragraphe 22 : « Le premier devoir de toute créature humaine, le premier acte qui doit signaler pour elle le retour à la vie active de chaque jour, c'est la prière. »

13DENIS L., La grande énigme, Dieu et l’univers, Paris, Librairie des sciences psychiques, 1911, 1ere partie.

14KARDEC A., La genèse …, chap. II, paragraphe 1.

15DENIS L., La grande énigme …, chap. VI, p. 89.

16DENIS L., La grande énigme …, chap. III, p. 38.

17« La vue directe de Dieu, nous dit-on, n'est soutenable que pour les plus grands Esprits. La lumière divine exprime la gloire, la puissance, la majesté de l'Éternel ; elle est la vision même de la vérité. Mais peu d'âmes peuvent la contempler sans voiles. Pour en supporter l'éclat, il faut jouir d'une pureté absolue. » DENIS L., Après la mort, Marly-Le-Roi, éditions Philman, 1990, chap. XXXV, p. 164.

18« Dieu est […] un immense foyer de lumière dont l’éclat est presque insoutenable […]. Il s’en dégage une impression de majesté, tempérée par des effluves d’amour qui pénètrent, émeuvent tous ceux qui l’approchent. » DENIS L., Le monde invisible et la guerre, Paris, Librairie des sciences psychiques, 1919, p. 83.

19Voir L. DENIS, La grande énigme, Dieu et l’univers, Paris, Librairie des sciences psychiques, 1911, chap. VII.

20« La médiumnité est sacrée, car elle permet de transmettre la volonté divine et les enseignements divins. C’est une parcelle d’amour que Dieu donne à chaque fois que l’on met sa médiumnité à son service.» Pour les contrôles, voir Dictionnaire des concepts spirites, éditions IAB, Paris, 2009, rubriques « médiumnité sacrée » et « service médiumnique ».

 

 

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